4.3. Ouvrir son processus de design critique à la participation

Ces dernières années, on note l’émergence d’approches de plus en plus participatives dans les domaines du design fiction et du design spéculatif ; inspirées par les autres approches du co-design. L’implication d’acteurs dans le processus de design critique répond à une diversité d’enjeux et d’objectifs qui ont déjà pu être évoqués à d’autres étapes :

  • Pluraliser les critiques portés sur un sujet,
  • Atténuer les biais du designer lors des phases de conception ou de production de l’artefact critique,
  • Permettre à des communautés de se projeter, de s’exprimer et de débattre d’enjeux qui les concernent ou vont les concerner.

Qui impliquer ?

S’il n’y a pas de réponse universelle à cette question, elle n’en reste pas moins cruciale.
La typologie ci-dessous propose une classification sommaire des groupes que l’on peut retrouver dans des démarches participatives de design critique :

Qui impliquer dans un processus de design critique : Les communautés d'intérêts, les visionnaires, les publics invisibles, les décideurs (publics ou privés)

Quand impliquer ?

Une nouvelle fois, pas de réponse unique ici !

Inclure le public permet tout aussi bien de cadrer en amont la production critique, de l’enrichir avec de nouvelles perspectives ou d’en évaluer la portée en fin de démarche. Comme pour toute démarche de design, l’essentiel est de trouver le “bon” moment pour faire participer le public, selon le contexte et le besoin. On peut identifier trois temps pour l’association dans les projets de design critique, comme le schéma le montre ci-dessous :

Quand impliquer dans un processus de design critique : Avant pour s'inspirer, pendant pour ajuster, en fin de projet pour évaluer

Gardons à l’esprit que l’implication des publics ne sera pas la même selon que la démarche de design critique soit un projet en soi (stand-alone) ou prenne part dans un processus d’innovation ou de réflexion plus large (le travail de design critique n’en est alors qu’une composante parmi d’autres). 


Comment impliquer ?

Le degré d’implication et la méthode de contribution dépendent nécessairement du public convié, de l’objectif de la démarche (ce que cherche à faire le projet) et de celui de la participation (la raison pour laquelle faire participer le public). Cette approche collaborative dessine un jeu d’interactions et de prérogatives entre le designer et le public : qui impulse la création ? Qui crée vraiment ?

Inspirer et formuler de nouvelles critiques
Ici la communauté impulse (des idées, des questions), le designer facilite la conception et la production de l'artefact avec les parties prenantes. Dans sa forme la plus répandue et engageante, le designer anime des ateliers pour co-construire des artefacts de design (critique, spéculatif, fiction) avec les participants, en les guidant dans le processus. Cette participation permet aussi bien de générer de nouvelles visions, critiques, fictions que d’aider à définir le cadre de mise en discussion d’une production du designer.

Pour inspiration, La Cité des Données (Design Friction & Stereolux Lab) est une série d’ateliers de design fiction organisée dans plusieurs villes en Europe et qui explorent les problématiques liées aux smart cities. Ces sessions ont proposé une combinaison des différents formats tous participatifs : un walkshop narratif et immersif, un atelier de design fiction, une exposition participative des productions et un site Web ouvert aux contributions. Chacun contribue à imaginer collectivement des scénarios prospectifs et des visions critiques quant aux enjeux des villes intelligentes.


Mettre en capacité les publics de faire eux-mêmes
D’autres démarches collaboratives de design critique, design fiction ou design spéculatif s’attachent à non pas co-concevoir des artefacts provocants, mais à construire des outils (kits, formats participatifs, etc.) qui permettront aux publics d’eux-mêmes structurer et matérialiser leurs critiques dans des productions fictionnelles et frictionnelles.  

Toujours pour inspiration, le jeu-kit Flaws of the Smart City (Design Friction) propose de jouer avec les problématiques des smart cities pour construire des scénarios spéculatifs et critiques. À destination des acteurs de la ville, il est autant un outil de discussion que de spéculation.

Bien entendu, ces deux types de dynamiques participatives ne sont pas les seules. Les bonnes pratiques du design participatif et du co-design sont ici de précieuses alliées pour ouvrir son processus de design critique aux publics. Il convient toutefois de doser la posture interventionniste et descendante du designer-auteur, pour toujours laisser suffisamment d’ouverture pour le public : on ne fait pas faire, au contraire on fait avec ou on aide à faire faire, tout en sachant se mettre en retrait lorsqu’il le faut.


Pour aller plus loin :