2.2. La tentation de duper le public

Les designs critiques viennent créer des “faux” pour provoquer la réflexion. Ces derniers peuvent se révéler très convaincants et persuasifs. Cela n’est pas sans soulever une question d’éthique : doit-on ou non signaler à notre public qu’il s’agit d’un objet de fiction ?

Ne pas signaler le caractère fictionnel des productions est une option séduisante, avec l’idée de capter des réactions du public qui seraient plus authentiques, voire d’obtenir un effet de buzz autour du projet avec une médiatisation qui en accélère et augmente la diffusion. On accepte alors de tromper sciemment son audience et par extension de manipuler son opinion. C’est un parti pris qui peut s’avérer dangereux à l’ère des fake news. Le choix délibéré de ne pas signaler la fictionnalité de ses productions doit être cohérent avec les intentions et objectifs de la démarche. Ce choix nécessite également d’évaluer les implications et conséquences et les répercussions de cette volonté de duper (voir 3.2. Réception hors-contexte et prophétie autoréalisatrice).

Des stratégies intermédiaires proposent de jouer avec l'ambiguïté de la fiction. Il s’agit par exemple de glisser des marqueurs discrets de la fictionnalité de l’artefact, avec des dates ou des événements qui le situent dans le futur (bien que celles-ci seront atteintes à un jour), ou encore des noms d’organisation ou de personnalités détournés. Dans le cas d’expérience spéculative ou critique, pour peu que le format et le public impliqué s’y prêtent, il est possible de tromper l’audience dans un premier temps, en ne signalant pas la fictionnalité, puis de lever le voile à mi-expérience sur la vraie nature du projet, pour quitter la phase de récit et entamer celle de la discussion.

Tout pourrait finalement se résumer à une question d’éthique - propre à chaque designer - et de conformité avec les objectifs de la critique.